On annonce depuis des saisons la fin du streetwear, qui est l’une des exsudations du sportswear : une nonchalance maîtrisée, issue du hip hop et du skate d’un côté, des emprunts à divers vestiaires sportifs de l’autre. En commun : la revendication de confort surstylé. Et le revers de la médaille (d’or ou de coton) : un gros boulot de réflexion pour maintenir l’indolence.

Mais la mode finit toujours par tout accommoder en salade de saison, et le luxe par l’aider à digérer. Un gimmick qui leur colle aux baskets, devenues dans les années 60 un symbole de contre-culture confisqué au tennis : les premières Converses et Keds datent de 1914, au moment du boom de l’automobile et de l’industrialisation du caoutchouc. De l’aristocratie qui faisait du sport parce qu’elle en avait le temps, la basket est passée aux pieds d’une jeunesse rebelle anti-bourgeoise-aux-souliers-qui-craquent, jusqu’aux Black Panthers qui ont donné leurs propres lettres de noblesse aux Puma. De là aux sneakers à mille euros sur listes d’attentes, il n’y a eu qu’un entrechat de grandes marques ultra marketées, qui possèdent cette grâce dévorante de s’approprier les codes alternatifs pour les vider de leur sens. Ou leur en conférer un nouveau, ce qui est tout aussi intéressant, si on prend le temps de suivre à petite foulée la sociologie. D’autant qu’on assiste à la réhabilitation de la chaussure de cuir, et au retour fringuant de la fringue structurée. On ne va pas revenir sur le néo-succès de la post-bourgeoise, il suffit de se pencher du haut d’un talon carré sur les défilés de cet été. Le phénomène est plus prégnant encore sur les catwalks Hommes. Le nouveau hoodie, c’est la chemise. A complications échancrées, à boutonnages sophistiqués, longueurs exacerbées et cols géants, mais tout de même. Le nouveau jogging, c’est le smoking. Ou presque : si les costumes remontent la ligne d’arrivée, c’est avec des coupes souples et faciles à vivre, en ville ou à vélo. A se demander si le vêtement de sport ne serait pas en train de revenir à sa destination première, qui n’est pas d’aller bosser, sauf si on joue en ligue 1.

Poussé par une crise de conscience écologique, l’artisanat retrouve une légitimité populaire, qui avait un temps été remplacée par une boulimie de consommation – on n’en est pas encore sortis, mais tout le monde sait que le meilleur moyen de se faire pardonner un écart de gourmandise, c’est de se remettre au sport. Le marché du streetwear arrive à saturation, trop vu, trop… bourgeois.

Le retour du « vêtement d’adulte structuré » marque peut-être enfin le ras-le-bol d’un confort galvaudé pour une mode qui n’en peut plus d’être à l’enfance de son art. Doucement, le streetwear rentre de la rue au placard.