Je l’ai trompé … mais ce n’est pas de ma faute !

Sans la moindre mauvaise foi, le site européen de rencontres extra-conjugales Victoria Milan a sondé ses adhérents, pour identifier les principales causes de fricotage hors mariage. Une bien jolie façon de tester la fermeté de ses membres.

Une belle-famille envahissante

Lise, 37 ans, volage par self-défense : « Mon mari a 40 ans, et un pipeline qui lui sert de cordon avec sa mère. Puisqu’elle est la femme la plus importante de sa vie, qu’elle le borde. Je suis en train de faire mon lit ailleurs. »

Selon le site de mix&match pour vieux amoureux « coincés dans un mariage monotone et sans amour (…) manquant de passion, d’excitation, de magie et d’intimité » (sic), c’est-à-dire tout le monde au moins cinq minutes par jour, c’est la belle-famille qui fiche le bazar dans 26 % des cas. Il fallait me demander avant. Je leur aurais épargné le fastidieux sondage de 6500 abonnés frétillants quoique paranos, terrés derrière leur écran avec une perruque et des lunettes de soleil.  On pense à tort que la plupart des expats’ qui envahissent Bruxelles viennent planquer leur argent ou rechercher une meilleure qualité de vie. C’est de la pure propagande pro-capitale. La vérité, c’est que toutes ces femmes fuient leur belle-doche, laissées en France, en Italie, en Angleterre ou au purgatoire. Alors que statistiquement, l’alcool et les flirts à répétition ne compteraient que pour 14 % dans le grand cri d’exaspération que devient ce doigt tendu bien haut sur le clavier et qui aspire à devenir une main aux fesses.

Les changements climatiques

Héléna, 24 ans, sujette aux bouffées de chaleur : « Dès qu’arrive le printemps, avec les biceps des hommes qui saillent sous leur chemises et les cols qui s’ouvrent, j’ai régulièrement besoin de prendre de grandes goulées d’air frais. »

Sur les 5000 personnes de tous sexes sondés par le site, 72 % n’ont même pas honte d’accabler les bouleversements météorologiques pour se dédouaner de leurs incartades extra-conjugales. Tenez-vous bien (aux montants du lits), ils prétendent que « le stress provoqué par des conditions météorologiques imprévisibles est la cause de leur flirt hors mariage ». Et questions circonstances météo surprenantes, en Belgique, y’a de l’argument pour finir à l’hôtel se mettre au sexe. Au sec, pardon. A chaque temps qu’il fait, son kinky projet : pour 33 % des répondants, c’est le froid qui leur donne chaud, tandis qu’ils sont 57 % à faire sauter leurs vêtements pour échapper à la touffeur. Quand au climat bêtement tempéré, il ne pousse que 10 % des sondés à faire monter la pression atmosphérique dans les draps d’un autre. Il urge donc de classer interdites aux moins de 18 ans les prévisions du temps qu’il fera demain. Parce que à heure de grande écoute, cette histoire de météo,  c’est rien que de la libido.

Le manque d’humour

Alexandra, 47 ans, cérébrale : « Je fais l’amour comme je ris. A gorge déployée. Avec mon jules, tout est très sérieux. Même au lit, il est appliqué. Et ça ne m’amuse plus du tout. »

Victoria Milan s’est penché sur les accélérateurs de l’infidélité féminine, en particulier. Sur les 6000 femmes interrogées, 73 % ont avoué que ce sont les comportements irritants de leur conjoint qui les ont jetées entre les pattes d’un autre. C’est intéressant. Les filles ne fricotent pas avec le laitier juste parce qu’il a un goût de crème. Elle s’évadent quand leur légitime ne les fait plus marrer. Selon 19 % d’entre elles, le manque d’humour est ce qui les a décidées à franchir le pas de la chambre d’un  homme plus léger. Autrement dit, si un mec sur 5 faisait un peu plus d’effort pour prendre la vie et leur femme du bon côté, une bonne partie d’entre elles n’iraient pas prendre du recul avec leur… (non, c’est trop). Autrement dit, quand on ne peut plus faire l’humour, on fait l’amour.

Une piètre hygiène corporelle et du laisser-aller

Brigitte, 33 ans, le nez creux : « J’aime tendrement mon mari, mais c’est un vieil ado qui refuse de grandir. Il ne sent pas toujours le frais, il porte les mêmes fringues plusieurs jours de suite. Le bon côté de la chose, c’est que ça me fait moins de linge à laver. »

Un chiffre qui fait frémir, et hélas pas l’eau du bain. 9 %. Une femme sur dix fuit son conjoint quelques heures par semaine parce qu’il sent le fennec dans le cou, que son tee-shirt fleure le livre oublié dans une caisse au grenier, et que son jean tient debout tout seul quand il l’enlève. Pourtant il faudrait savoir : quand on revendique vouloir de l’homme, du vrai, pas métro mais bien sexuel, qui démonte un pneu d’une paume burinée tout en faisant glisser notre bretelle de soutien gorge de l’autre (avec un peu d’imagination), il ne faut pas s’attendre en plus à ce qu’il fasse de la mousse quand on le mouille.

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La lassitude de la lascivité

Elodie, 52 ans, sur sa faim : « Mon mec m’aime de tout son coeur et mon amant m’aime de tout son corps. »

Le coup que le temps use le désir, on criait au cliché jusqu’à cette coupe du monde. Mais quand le père de nos enfants s’est entêté pendant des semaines à préférer 22 garçons en short à nos deux mollets épilés, la vérité nous a frappé comme un penalty : on fait partie des meubles, mais à un grade moins élevé que la télé. Pour les 14 % des femmes inscrites sur le site de rencontres parce qu’elles se sentent frustrées par des relations sexuelles understated (une position qu’on accepte dans le placard, mais pas dans le lit), les 11 % qui estiment que leur homme manque de bonnes manières et les 4 % qui le trouvent avare, tout cela rapporté aux cabrioles on s’entend bien, à force, la balance a basculé vers le levier d’un autre.

La paresse et le manque d’ambition

Clara, 29 ans, locomotive essoufflée : « Depuis neuf ans, c’est moi qui décide de tout. L’appart’, les vacances, notre premier bébé. Tant qu’à faire, j’ai aussi décidé de prendre un amant. »

Comme 10 % des internautes qui ont témoigné lors de ce sondage hautement fidèle – si l’on peut dire – Clara a déclaré forfait de sa loyauté de corps parce qu’elle n’en pouvait plus de « la paresse et du manque d’ambition », termes de l’étude, de son légitime. Dans la même dynamique, elles sont 7 % à leur reprocher leurs échecs professionnels, et 5 % à les voir comme « une catastrophe, qui ne prête pas attention aux détails et obligations ». Pour les amazones modernes, qui mènent parfois plusieurs carrières de front, des gamins en bas âges plein les écharpes de portage et une vie sociale à quinze variables en fonction de leurs différentes tribus, biberonner un pseudo-Bieber, ça touche vite ses limites. Juste au bord du lit, en fait. Nous ne pouvons réprimer une pensée compatissante pour les hommes issus de cette génération Y(avait-qu’à-mieux-faire). La pression, c’est pas terrible pour la passion . (Ni pour l’érection, persifla l’écho).

L’absence de compréhension

Emmanuelle, 48 ans, parleuse aux murs : « J’ai des aventures, c’est vrai. Baptiste pense me connaître si bien qu’il ne peut plus être surpris. C’est la meilleure façon que j’ai trouvé de lui donner tort. »

Elles sont 16 % à avoir argumenté que le manque de compréhension, et en amont d’écoute, a usé leurs sentiments. C’est le plus vieux malentendu du monde entre les hommes et les femmes. Une demoiselle en détresse, que ce soit au sujet d’un souci au boulot, d’un casse-tête familial ou d’une couleur cheveux qui a tourné, ne veut pas qu’on lui trouve une solution. Elle veut qu’on l’écoute exprimer sa peine ou son inquiétude. De toute façon, c’est toujours elle qui finira par régler le problème, aussi loin que remonte l’histoire de l’humanité (même s’il y a un homme sur la photo en première page). A la décharge – au sens figuré – de ces messieurs, les femmes ont un talent particulier pour éviter de poser des demandes claires. L’équation : écoute-moi sans rien dire +  devine ce qui ne va pas et que je vais seulement sous-entendre + sois fort mais pas macho = garçon migraineux qui allume sa télé, dans un vieux tee-shirt raide de fatigue, comme lui.

Les petits tics qui poussent 100 % des infidèles à voir si l’herbe est moins irritante ailleurs

Audrey, 30 ans, au bout du roul’ : « Il y a eu la fois de trop où il a « fait des guillemets avec ses doigts ». J’ai accepté d’aller « boire un verre » avec son « meilleur pote », juste pour « me vider la tête ». »

Lors de ce sondage, plus de la moitié des femmes ayant reconnu tromper leur conjoint par exaspération, recherchaient chez leur amant une qualité à l’opposé du défaut jugé gênant chez leur légitime. Du moins, en théorie. Parce que rien ne ressemble plus à une imperfection qu’une qualité quand on l’a eue sous les yeux pendant quinze ans. Voici qu’un homme dont on a aimé la tempérance et la sagesse devient un lâche. Que celui qui nous rassurait par son assertivité devient un emmerdeur. Celui dont les convictions de jeunesses nous émouvait un gamin mal dégrossi, et l’homme dont on admirait la maturité, un vieux schnock. On s’est mariés et un jour, on a vite fini de se marrer. L’infidélité a été inventée une seconde après le couple, par ceux unis pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à ce qu’un collègue de bureau, un voisin de bar ou le web les sépare. Ou leur permette, pour le moins, de rester fidèles  à eux-mêmes.

Illustrations : Valentine de Cort
ELLE Belgique, août 2014