Les défilés dictent la doxa en matière de tendances… et de vocabulaire. Pour être so2015, on millésime l’allure avec un denim transversal, une jupe sexy sécurisée, et surtout on renonce à l’understated. Notre coaching sémantique pour se hisser au pic du chic.

Référencé

Référencé, c’est copié  ? C’est en tout cas le nouveau mot pour désigner des hommages appuyés qui s’inspirent du travail d’un couturier dont la carrière est si longue qu’on en a oublié le début. Cet été, on verra beaucoup de jupes en cuir fin ajouré de gros œillets métalliques « référencées Alaïa ». Le grand retour du smoking féminin  ? « Référencé Saint Laurent ». Les robes en crochet filet de pêche ou en cotte de mailles  ? « Référencées Paco Rabanne ». Car l’été 2015 sera peut-être bronzé, mais il sera surtout doré. Ce qui nous amène au « bling ».

Transversal

Le boyfriend  ? Ce jean « trashé » (déchiré et javellisé, « bleaché », diront d’aucuns) qu’on a appelé de cette façon parce qu’on était supposée l’avoir emprunté à son amoureux… D’unisexe, le jean boyfriend est ainsi devenu « transversal ».

Sexy sécurisé

C’est seyant, mais décent. Mais cela implique d’accepter le postulat que la « mesure » des unes s’arrête là où commence la sensibilité (la « pudibonderie ») des autres. À condition de rester stylée, donc « swag », terme déjà dépassé qui implique élégance et coolitude savamment mixées. Certains pensent à relancer le très 80 « looké ».

Ostentatoire

« Bling-bling » est totalement obsolète. Par snobisme, on dira plutôt « ostentatoire ». Et si on tient vraiment au terme « bling-bling », on le divisera par deux : « bling ».

Vacca, Schiap’& Co

Le phénomène est aussi vieux que la jeunesse, mais ne cesse de prendre de l’ampleur dans le bréviaire fashion : l’abus d’abréviations. En langage mode, cela donne : « Vacca » pour Anthony Vaccarello. « Schiap’ » pour Schiaparelli. « Demeu » pour Ann Demeulemeester. « Comme des » pour Comme des Garçons. « Dior » pour « Christian Dior par Raf Simons ». Comme dans le cas de « Saint Laurent » pour Yves Saint Laurent, et « Maison Margiela » pour « Maison Martin Margiela »  ? Non, ça, ils l’ont fait eux-mêmes.

Naturel

C’est le nouveau « rationnel ». Le coton, comme toutes les matières d’origine végétale et organique, est devenu si cher qu’on assiste à l’avènement des textiles en plastique et synthétiques. Le Néoprène, c’est le matériau mode du moment. Il est partout, sauf sous l’eau. Pourquoi  ? Parce que l’économie reste le nerf des affaires et qu’on finit toujours par retomber sur le pétrole.

Less is mort

Même les créateurs japonais, garants devant l’éternel intemporel d’une épure-affûtée- transversale-confortable, commencent à imprimer des motifs partout. Pas un défilé nippon où l’on ne se croie à la Scala de Milan. L’« understated », ou « qui ne la ramène pas », c’est FI-NI. Enfin, pas pour longtemps…

Accessoires… à accessoire

La mode pousse toujours le curseur plus loin. L’accessoire à accessoire se révèle être le nouvel indispensable : on accroche des pampilles à ses sacs, on change la couleur du rabat de sa pochette en fonction de sa tenue, on clipse des plumes à ses souliers, on enfile des bagues reliées à son bracelet, et on assortit chaque jour la coque de son smartphone à ses chaussures.

Classé x

Si tout le monde a digéré la « capsule » (mini-collection propulsée « indispensable », souvent plus fun et plus jeune que la ligne habituelle d’une marque), on assiste aujourd’hui à une déferlante de « collabs » (collaborations entre une marque et une personnalité médiatique), qu’on désigne par un x, à l’instar de Kanye West x Adidas Originals, Giambattista Valli x 7 For All Mankind, Christian Louboutin x Dita Von Teese, Nike x De La Soul… Résultat : nombreux sont ceux qui peuvent désormais signer une collection éphémère : chanteuses, footballeurs… Du moment que la recette est bonne, peu importe la mixture, même si – en cas d’appel à des personnalités contestables –, la pilule de la capsule peut parfois s’avérer difficile à avaler.

Fashionistiquement correct

C’est une forme de bonne conscience mode généralement paradoxale (en existe-t-il d’autres ?) : boycotter la fourrure, voire radicalement le cuir, pour se tourner ensuite non vers les pulls en poil de lama « fairtrade », mais vers des options « pétrolifères » ou textiles bas de gamme (similicuir, coton de hard discount, teintures) globalement plus dommageables à la flore… et à la faune. C’est le sac en croco qui se mord la queue  ! L’idéal  ? Qu’élégance rime avec cohérence.

Click and buy

Cette expression anglo-saxonne (« cliquez et achetez ») résume la compulsivité virtuelle actuelle : l’objet du désir n’est plus qu’une image, à 360 degrés certes. On achète la mode sans voir les vêtements, on se projette dans un toucher qui n’existe que du bout du doigt, sur un écran tactile. La part de ventes en ligne est en passe de renverser les ventes en magasins. Les soldes en boutiques ont baissé en France en janvier 2015 (- 5 % de fréquentation, et – 16 % de revenus pour les boutiques par rapport à 2014, chiffres Toluna pour le magazine LSA). Qui s’en est tiré sans pertes et fracas  ? L’e-commerce. On clique, on dépense.

Reposant

Et le « normcore », alors  ? C’est commun. Basique. Presque normal. Voire understated. En tout cas, c’est « reposant ».

Tribu

La communauté à laquelle on s’identifie sociologiquement. La bobo appartient à la préhistoire, la gypset, so 2013, resurgira éventuellement cet été sur les plages d’Ibiza. Demain  ? La fille dans le vent, la bath’, sera étiquetée « rockbo » ou « swingbi » (ceci ne déterminant en aucun cas sa vie intime). Au moment où nous serons publiés, ces tribus seront sans doute déjà obsolètes, puisque le top of the pops, c’est l’insaisissable.

Madame Figaro, le 20 mars 2015