On s’habille d’abord pour soi. Pour se sentir bien et cohérent. Et il ne faut pas rire, on se pimpe aussi pour choper. Oui, mais quoi ?

1 – S’habiller pour choper le grand amour

Puisque les grands sentiments finissent invariablement entre des draps blancs, autant savoir d’entrée à qui on a affaire, et draguer en nuisette. Ca tombe bien, la tenue légère, c’est la tendance lourde de l’été. Givenchy a ouvert le pieu, pardon, le feu, avec une bouleversante collection de dentelles, de soies et de plumes. Pour filer au plum’ ? Précisément (mais au restaurant, étoilé, préalablement). Tout l’intérêt de la tendance « pyjamas de ville », pour les filles et les garçons, c’est de savoir avant, à quoi s’attendre après (sinon, on peut aussi lui demander une photo de son père, c’est généralement assez éloquent). Chez Burberry Prorsum, chez Céline, chez Saint Laurent, chez Balenciaga, et chez Haider Ackermann, carrément sous des perfectos et chaussées de santiags basses peinturlurées et la crête fluorescente, la   fille qui rêve de se faire emballer doit commencer par déballer un peu : les épaules, quelques côtes, un brin de peau. Une idée indécente de l’innocente ? Même pas : ces voiles sont romantiques, ils vont effrayer les rustauds, et rameuter les poètes. Le génie de l’ingénue de la lingerie, ce printemps, c’est vous.

2 – S’habiller pour choper un boulot

Non, il ne faut pas relire plus haut, mauvaise langue. D’autant que pour attirer l’attention sur sa lettre de motivation, ce ne sont pas les timbres qu’il faut lécher. Non, pas ça non-plus. Ce sont les vitrines. La présentation, pour un rendez-vous d’embauche, c’est fondamental. Plus que vos compétences. C’est prouvé : 70 % de la perception qu’on a d’une personne se fonde sur son non verbal. Moralité : si déjà vous avez bidouillé votre CV (QUI prétend jouer du théâtre nô et fait du Botox ?), misez sur votre apparence. Vous aurez tout le reste de votre carrière pour prouver votre talent à classer des archives de comptabilité. Vous visez un post de CEO ? Pensez Versace, pour un vestiaire d’amazone militaire. Vous rêvez de voyager ? Inspirez-vous du show Chanel, avec ses aventurières hip-hop, lounge, sexy et chill. Vous voulez un tranquille emploi de bureau ? Chez Chloé, copiez les silhouettes mi-jogging (pour être à l’aise en haut, quand vous vous étirez), mi-jupes baba cool (pour vous dégourdir les jambes, quand vous vous levez pour aller à la cafèt.) Quand on a le look de l’emploi, on le chope.

3 – S’habiller pour choper un rhume

Avant avril, ne te découvre pas d’un fil, même s’il est d’or. Chez Gucci, on aime tout. Alors si votre robe est transparente et brodée mordorée, vous rangerez vos Kleenex dans une minaudière sans minauder, et puis c’est tout. On n’a jamais dit que la mode devait être belle ET pratique. C’est même antinomique, vous diraient les fashionistas, surtout celles qui vont craquer pour le manteau en jean d’Alexander McQueen. Parce que ça rime ? Non ? Parce qu’il est précieusement brodé et fendu en deux. C’est sexy, subtil, seventies à souhait. Et idéal pour prendre froid par le ventre, donc développer une bonne gastro (on a fait des études littéraires, pas médecine, on discutera de la véracité de cette assertion plus tard). Mais qui dit gastro dit ?… Perdre trois kilos ! Et dès que vous serez rétablie, vous pourrez sautez à pieds joints dans une de ces robes épaules nues (au décolleté très, très bas), qui feront fureur cet été, comme chez Boss. L’angine assurée ? Vous n’êtes jamais contente. Mais vous êtes belle.

4 – S’habiller pour choper une photo en streetstyle

Je sais, on a les valeurs qu’on peut. Notez cependant que sauvez des bébés faons en leur faisant du bouche à bouche loin des caméras d’Arte n’a jamais empêché personne d’être biche. Les photographes de streetstyling chopent les plus jolis looks dans les rues pendant les fashion weeks en particulier, pour que la presse féminine et les blogs (on lavera bien son clavier après avoir écrit « blogs ») puissent vous inspirer (vous faire baver) en vous montrant comment les filles de la hype, elles, savent s’habiller. Plusieurs stratégies pour en être : arpentez d’un air pressé les abords du Palais de Tokyo début mars entièrement apprêtée en Viktor & Rolf Couture. Mais stoppez pour les paparazzi, il va de soi. Personne ne comprendra rien à vos habits qui ont couché avec des déguisements, et vous n’aurez même pas pu passer les portes du métro, à cause des structures oversized rigides échafaudées autour de vous. Mais c’est la photo assurée ! Sinon, baladez-vous en VETEMENTS, la nouvelle marque qui affole les professionnels de la profession, avec une silhouette héritée de Margiela mais dévoyée, déconstruite, cousue trop grand et bizarrement, magnifique, attirante, intellectuelle et impénétrable. Comme vous. Enfin, il vous reste la déambulation devant le Grand Palais en total Vuitton, perfecto de cuir bariolé et tenue de manga du sol au plafond. Chaussures excentriques qui font mal et sac trop petit obligatoire. Lunettes de science fiction en option. Si vous ne figurez pas en première page d’un site de tendance, on bouffe six pages du prochain ELLE (des pages de pub).

5 – S’habiller pour choper du bonheur

Vous ne pensez tout de même pas qu’on est superficiELLEs au point de suggérer que l’habit fait le bonheur et qu’à être bien habillée, on devient une fille de joie ? Si. Parce que quand on se sent à son avantage, en robe à sequins couleurs flashy fendue jusqu’à l’aine Marc Jacobs par exemple, on est prête à dévorer le monde. Et si on se sent bien dans une pointissime silhouette de Hood By Air, avec une robe qui tient par des rubans, une demi veste et des lunettes en masque de ski, c’est parfait aussi. Quand on assume sa personnalité singulière (si, elle est particulière, votre personnalité, vous en êtes fière, même), on suscite la fascination. Et donc, le streetstyling. On passe du temps à courir d’un rencard à l’autre, on prend froid mais on n’en a cure puisqu’on s’enroule dans un sweat à capuche-cagoule Alexander Wang du plus belle effet. Du coup on attire l’attention, on détourne la tension, un chasseur de tête nous fait un pont d’or, et à la tête d’une start-up-multinationale, on se cogne, au détour d’un couloir, dans un garçon habillé en Yamamoto automne/hiver 2017 destructuré, tous biscottos dehors, et la façade arrière moulée dans un froc de chantier. Reste à ne pas vous choper la grosse tête : les chapeaux de l’été sont de tout petits bibis, ça ferait brioche.

ELLE Belgique Mars 2016

Illustration : Valentine de Cort