Appuyons sur « pause » un instant. Ça a commencé à chauffer dès janvier, même si c’est à peine si aujourd’hui, on se souvient des koalas du bush australien. On avait acheté un T-shirt au bénéfice des pompiers, et vérifié si on avait assez de champagne au frigo pour fêter la nouvelle année. Ça, c’était avant les penne et le PQ. Puis la crise que l’on sait, et dans le secteur de la mode (l’une des premières industries au monde en terme de revenus, d’emploi et de pollution) qui était déjà en plein orage identitaire et éthique depuis des années, une onde de choc a fait craquer tous les calendriers et collapser les budgets. Fashion weeks annulées ou remodelées sur Internet, hyper consommation remise en question dans tous les domaines, idéologies contradictoires s’affrontant sur les réseaux (a)sociaux, 2020 pourrait sembler écrite par un auteur psychotique de dystopiques.

Heureusement, la mode ayant toujours quelques sociologies d’avance sur nos comportements, on peut se faire une idée de ce que monde nous réserve encore dans ses placards : un glissement tout au numérique, l’avènement du vintage (parce qu’il est tissé d’histoire, plus accessible et alternatif au prêt-à-jeter), et une conscience plus aigüe de la part des consommateurs de l’impact de leurs dépenses : dis-moi ce que tu achètes, je te dirai quelle société tu bâtis.

Alors, au moins en intention et depuis peu, la mode ralentit. Les processus d’adaptations sont longs, mais les consommateurs se font entendre. Pas en manifestant, mais en équilibrant le poids de leurs dépenses. Le nerf de la guerre se retisse une durabilité, et le temps long du confinement, à certains égards, nous a donné envie de privilégier le rythme un peu avant la rentabilité. Nous verrons bientôt si ces vœux tardifs tiennent face à la rentrée.

La presse papier est challengée depuis des années, mais on ne nous ôtera pas de l’idée qu’une réflexion argumentée restera toujours plus pertinente qu’une punchline d’une seconde sur l’écran d’un téléphone. Et parce que nous avons choisi, pour ce Spécial Mode, de développer des sujets de nature à nous concerner chacun.e dans un futur proche, nous allons nous interroger avec vous sur l’avenir de la mode et de sa demi-sœur dévoyée, la consommation. Pas de cahiers de tendances ou de catwalks cette saison, mais des réflexions à propos des game changers, et des nouveaux codes de la société. Au lieu des défilés proprement dits, on a opté pour leur sociologie.

De la mode toujours, des pistes pour évoluer avec le monde et ses dimensions mouvantes, les enjeux du féminin parce qu’on aime bien ça, de la passion encore, et plus que jamais, l’envers du décor. Cet automne sera peut-être bien celui de la modération, et avec un peu de chance, ça ne sera pas qu’une mode.