Ils sont nos premier moyen d’expression. Qui on est, d’où on vient, comment on se sent, quel est niveau d’éducation, quels choix de consommation nous faisons.

D’une certaine manière, les vêtements ont toujours été intelligents. Désormais, des créateurs et labo visionnaires leur donnent la parole. Un secteur niche ? Pour l’instant, oui. Mais au rythme de l’infiltration des nouvelles technologies dans chaque microparticules de nos vies, il ne fait aucun doute que grâce à la « wearable technology », demain, nos placards « interagiront » avec nous : d’après un rapport de la société de recherche technologique et conseil Gartner datant de 2014, rien que la circulation de vêtements « intelligents » liés à la santé et au sport est évaluée à 91,3 millions de pièces avant fin 2016. Jusqu’où la technologie pourra-t-elle changer non pas seulement le monde, mais la mode ?

Ils disent « je t’aime » :

Cute Circuit est la première marque commerciale de mode interactive, une maison de « science-fashion » anglaise fondée par l’Italienne Francesca Rosella et par l’Américain Ryan Genz. Lorsque Francesca et Ryan ont eu, en 2001, l’idée de tisser des filaments électriques dans une robe afin de la connecter à des options d’expression interactive, on les a pris pour des originaux. Jusqu’à ce qu’ils conçoivent, créent et commercialisent leur première pièce : la « hug shirt ». Un top, auquel ils ont intégré tout une trame de capteurs gérés par Bluetooth, et qui permet d’envoyer via un smartphone, un câlin à qui porte le tee-shirt, même si on se trouve à l’autre bout du monde. Leur technique paraît simple (paraît seulement) : des capteurs sensitifs sont disposés aux endroits stratégiques de contact et de réchauffement lorsque l’on prend quelqu’un dans ses bras, et lorsqu’on envoie par SMS une « hug request », le destinataire l’accepte via son propre téléphone, qui envoie une commande au vêtements. Là où normalement on ressent la pression et la chaleur d’une accolade lors d’un véritable câlin, la chemise se resserre et se réchauffe. Détail romantique ultime : la « hug shirt » passe en machine.

Disponible quand ? La nouvelle version de la « hug shirt » est prévue pour le mois de février sur http://cutecircuit.com/

Ils racontent nos états d’âme :

Désormais, les créateurs /laborantins de Cute Circuit se font designers/électriciens. Indépendants, ils sont rentables, développent et vendent une ligne complète de vêtements brodés de dizaines de milliers de minis leds, qui permettent, à l’aide d’une appli téléchargée dans son Smartphone, de changer d’un clic la couleur de sa robe, de faire circuler un message qui tourne sur sa jupe comme une annonce sur les panneaux électriques de Time Square, de faire pleuvoir des gouttes de pluie virtuelle sur le col de sa veste de smoking, ou, en créant un hashtag secret à l’attention de ses amis un soir de fête, de recevoir sur ses vêtements leurs vœux envoyés par Bluetooth. Francesca témoigne que, « quand on a commencé, les gens ne comprenaient même pas ce qu’on faisait. On nous commandait des installations dans des musées. À Londres, la presse a rapidement été fascinée par nos recherches (NDLR : comme avec les Six d’Anvers, révélés par la presse britannique). Le Fashion Institute nous a confié un espace de recherche gratuitement pour six mois. Par pièce, nous brodons parfois jusqu’à 24.000 leds, sur des tissus français. Nous avons également lancé une ligne d’accessoires, comme le clutch sur lequel on peut faire défiler des petits cœurs, des notes de disco, un message ou des dauphins, si on aime ça. » Dernière nouveauté en date ? On peut recevoir des tweets sur son sac. « Nous mettons en place une sorte de fashion iTunes Store, avec des motifs, des couleurs, différents caractères à télécharger. » Il leur a fallu deux ans de tests rien que pour rendre cette robe lavable en machine. L’accessoire diva ? Les chaussures anti paparazzi : « quand on les flashe, elles reflètent une éblouissante lumière blanche, et on ne voit absolument plus rien sur les photos. »

Disponible quand ? Dès le mois de mars sur www.net-a-porter.com, ou sur demande sur http://cutecircuit.com. Robe leds interactive: 1915€. La minijupe : 385€.

Ils nous soignent :

On les appelle les « texticaments «  (contraction de « textiles » et « médicaments »). La Derma Silk par exemple, est une soie imprégnée de capsule médicamenteuse (composé d’un agent antimicrobien et distribuée par le groupe Fritsch Médical), présumée soulager les poussées d’eczéma, les mycoses, les dermites de contact, le prurit et l’érythème. Comment ? Par la simple action de porter les sous-vêtements, pyjamas, gants et cagoule traitée de manière permanente avec des molécules curatives brevetées. En particulier sur les enfants, ce mode d’administration médicamenteux remplacerait l’utilisation de corticoïdes. Un laboratoire belge est par ailleurs en train de tester un système de tissus contenant des molécules de confort pour les patients atteints de maladies graves, mais le procédé est au stade expérimental, et les infos seront disponible d’ici quelques mois. En France et en Belgique, les « cosmétotextiles » à visée thérapeutique se multiplient dans les rayons des pharmacies. On trouve par exemple des coudière renfermant des microcapsules d’ibuprofène : une façon de réguler la douleur due à l’effort ou à une blessure légère sans être obligé d’ingérer le médicament.
Disponible quand ? Actuellement, en pharmacie, pharmacie orthopédique.

Ils prennent soin de notre corps :

Sur le même principe, on trouve depuis longtemps chez DIM ou chez Veritas des collants contenant des capsules hydratantes, drainantes, amincissantes, qui libèrent leurs effets actifs lorsqu’on les portent. Et qui résistent au lavage. Chez Adidas, on développe des T-shirts antibactériens qui luttent contre les odeurs corporelle, et chez Uniqlo, des chandails et leggings thermo-régulateurs ultrafins. En 2014 lors de l’U.S. Open, Ralph Lauren avait équipé tous les ramasseurs de balles de T-shirts comprenant des capteurs de rythme cardiaque pour évaluer leur stress. Le Dr Amanda Parkes, responsable du département technologies et recherche dans « l’incubateur de mode hybride  Manufacture New York » affirme qu’on assistera bientôt à l’émergence de fibres entremêlées d’électronique. En novembre 2014, elle déclarait au blog d’infos mode et médias « Business Of Fashion » : « grâce aux continuelles évolutions entre les matériaux scientifiques et les procédés de nanotechnologies, nous pouvons maintenant fabriquer des textiles contenant des circuits complètement intégrés aussi bien que des matériaux aux propriétés et applications associés aux tissus high-tech. » Reste la question, parallèlement soulevée, du respect du champ magnétique corporel, qu’on soupçonne souvent d’être perturbé par les ondes électromagnétiques des téléphones portables, des ordinateurs, des fours à micro-ondes etc., et qui n’échapperait pas à l’effet perturbant de toutes ces technologies ludiques, esthétiques, ou médicales. Autant de paramètres actuellement testés dans certains laboratoires en Belgique, qui ne souhaitent pas communiquer avant d’avoir tiré des conclusions probantes, d’ici à deux ou trois ans.

Disponibles quand ? Les sous-vêtements cosmétiques : actuellement, en grands magasins et chez Veritas.

Il sont le prolongement de nos émotions :

Iris van Herpen, est une créatrice néerlandaise visionnaire qui défile en haute Couture et en prêt-à-porter à Paris. Elle a été la première à commercialiser des robes issues d’imprimante 3D, elle taille des robes dans du cristal, fait fabriquer des matériaux de synthèse dans différents laboratoires disséminés dans le monde entier, dessine ses pièces d’une extraordinaire poésie en concertation avec des architectes durant d’interminables conversations par Skype. En septembre dernier, elle organisé à Paris un happening au cours duquel des mannequins portant des vêtements interactifs avec des instruments de musique, créaient elles-mêmes la musique d’une boîte de nuit par leurs seuls mouvements : un geste, un tressaillement, une émotion donnait naissance à des notes. Iris van Herpen considère que son travail « est un mix entre l’artisanat traditionnel et l’innovation. Les combiner, c’est le moyen de créer mes idées impossibles. » Pour elle, « la technologie peut développer nos sens. Ouvrir notre vision du monde. » L’année passée, l’une de ses expériences/démonstration, consistait en un corps humain devenu conducteur d’énergie. Une danseuse, portant une robe conductrice,  générait un orage électrique par ses seuls mouvements. Iris van Herpen de conclure : « On ne peut pas enfermer l’énergie ». Pas même dans son dressing.

ELLE.be, 25 février 2015